On le connaît dans le village sous le nom de «M. François». Très rares sont ceux à l’appeler par son prénom, Claude. Peut-être pour s’éviter un sourire en imaginant le personnage admirateur des Claudettes. Plus probablement, comme il l’explique, s’agit-il d’une nuance utilisée par les locaux à son arrivée à Douzillac en 1987, pour signifier qu’il n’était pas du village, et qui par la force du temps a été reprise par les générations suivantes. 27 ans plus tard, M. François est devenu l’une des figures notables de la commune, dont vous avez certainement croisé la silhouette.

Après avoir découvert la première partie de sa vie passée entre sa Normandie natale et l’Allemagne, entre armée et amour, nous revenons sur son arrivée à Douzillac. Un épisode marqué par son implication dans le travail de restauration d’un bien collectif et une communauté religieuse : l’église et la paroisse locale.

Après 40 ans au service de l’armée de terre, Claude François et sa femme Yvette font le choix de quitter la capitale parisienne pour retrouver le village natal de cette dernière. C’est dans l’ancienne ferme familiale des Gras, aux Eygaux, que l’âge de la retraite commence.

« Pourquoi venir à Douzillac ? », peut-on se demander après toutes ces années passées loin du berceau natal d’Yvette. La réponse est d’une certaine banalité : « C‘était le pays de mon épouse, nous ne savions pas où aller, pas trop d’argent et le nord ne convenait pas du tout à la femme ». Pourtant, on ne saurait douter aujourd’hui que c’était un coup du destin.

L’intégration : un peu de chance et beaucoup d’initiatives

Pour se mêler à la population local, Claude l’admet sans embarras : le fait d’avoir une épouse originaire du village a bien facilité les choses. A cette époque, être natif d’un village est encore une clef utile pour ouvrir certaines portes et obtenir l’aide de la population.

Cependant, c’est avant tout pour sa capacité d’initiatives que le couple François sera reconnu par ses pairs. Catholiques pratiquants, le couple se désole alors de l’état de l’église communale, un peu laissée à l’abandon. Quand, au début des années 90, le maire de l’époque Arnaud Moreau répond avec regret qu’il manque de volontaires pour la remettre en état, c’est Yvette qui n’hésite pas à s’engager. «Dans quoi avons-nous mis les pieds !» se souvient avoir pensé son mari à l’époque.

Reprise statue du Christ

M. François à l’œuvre

C’était sans compter la dynamique créée et le soutien ainsi obtenu de quelques petites mains de la population. Avec l’aide occasionnelle de 8 à 10 personnes, ils remettront en état nombre de tableaux sales et abîmés et replâtreront mains et bras des statues amputées. La frugalité et l’inventivité sont de mises : M. Moreau refera faire la croix du Christ par son fils salarié chez Grand, M. François utilisera un manche à balai pour l’étendard de Jeanne d’Arc. Ainsi, l’église aura vécu une véritable cure de jeunesse, qui sera actée par la restauration extérieure lancée en 1998. Finalement, le travail d’éclairage nocturne mis en place fin des années 2000 parachève cette série d’initiatives et fait sans aucun doute de l’église Saint-Vincent un des plus beaux bâtiments de la commune.

Cependant, le chef de chantier qu’est devenu M. François, n’en a jamais assez. Aujourd’hui, son principal regret est de ne pas avoir pu restaurer la Vierge présente dans la côte qui le mène des Eygaux au bourg. Celle-ci a été érigée pour célébrer un pèlerinage à Lourdes en 1913, à laquelle avait pris part le père d’Yvette. Mais derrière une ancienne génération de petites mains désormais réduite et fatiguée, personne n’a encore franchi le pas. A bon entendeur…

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Du lien entre la population et l’institution

Plus encore que la restauration physique du lieu de culte catholique, c’est à la création de lien que se consacre M. François. Pour lui, les rituels cléricaux et funéraires de l’époque «manquaient de liaison, de contacts humains». Que le curé ouvre lui-même l’église pour la messe, il avait du mal à l’admettre. Il jouera donc pendant de nombreuses années le rôle du sacristain, pour le plus grand bien de l’église.

Ce manque de lien entre la population et l’église, il le raconte très bien dans une anecdote. Alors qu’il travaillait à la remise en état de l’intérieur de l’église avec d’autres personnes, dont certaines n’avaient aucune foi religieuse particulière, il reçut la visite du curé de l’époque, en place à Neuvic. Ce dernier n’avait alors salué que M. François, laissant les autres un brin pantois. Cette erreur de jugement, aussi malhabile qu’elle soit, concrétisait alors cet écart entre les représentants de l’institution et les locaux.

Liaison postalePar la suite, il s’engagera donc avec la paroisse de Saint-Astier (21 clochers) pour accompagner les familles dans les rites funéraires. Ceux-ci consistent tout d’abord à prendre contact avec la famille du défunt et à assurer l’organisation jusqu’à la cérémonie : de la rédaction d’un résumé de la vie du défunt au choix des prières, des lectures et de la musique, rien n’est laissé au hasard dans ce qui doit être le dernier hommage à la vie d’un humain sur terre. En 2008, il valide une formation de l’évêché de Périgueux et fera deux «mandats» officiels de trois ans au sein d’une équipe de soutien des familles en deuil, pour passer le relais en cette année 2014.

Douzillac...Info Mais son engagement va bien au-delà de sa foi ! En dehors de ces activités, M. François s’est impliqué dans l’ancêtre du site Douzillac Mon Village, à savoir les communications intitulées Liaison Postale à partir de 1997 ou encore Douzillac…Info à partir de 2001. Objectif : donner de l’information sur la vie du village, les événements des associations, les petites annonces…* Il y racontera l’histoire du village et de ses habitants, qu’il connaît certainement bien mieux que de nombreux natifs.

Enfin, adhérent de l’Amicale des Anciens Légionnaires de la Dordogne, en tant que membre sympathisant, Claude François représente localement cette association et s’investit, chaque année, dans la préparation de la journée Légion marquant le premier dimanche après le 30 avril (date d’anniversaire de Camerone) et organise la messe à la mémoire de tous les légionnaires morts pour la France.

Le temps qui passe

Au-delà du temps social et spirituel que donne M. François, reste le temps personnel, celui de la vie qui passe. Parmi les petits bonheurs du quotidien, on retrouve la naissance de ses deux petits-enfants, Alazaïs et Joris. Parmi les épreuves plus difficiles, le décès d’Yvette qui interviendra en 2005 des suites d’une maladie.

En dehors de ces faits de vie, M. François se voue à une certaine rigueur du quotidien. Et l’une des raisons qui font que si peu d’habitants ne connaissent pas M. François, c’est parce que sa silhouette n’est étrangère à aucun hameau. Marcheur invétéré et vétéran, il sillonnait chaque matin les hameaux de la Double, P1070583un moment idéal pour méditer et réfléchir. Malheureusement, les suites d’un AVC l’obligent depuis plus d’un an et demi à rester au calme, se fatigant plus vite qu’avant. 

Mais si vous souhaitez échanger une tranche de vie avec lui aujourd’hui, vous aurez toutes vos chances de le croiser au Moneta, son nouveau repère où il aime autant chercher le journal que se faire un bon repas le midi, seul ou en famille. Désormais, vous ne pourrez pas prétendre ne pas en savoir assez pour engager la conversation !

 

*Une rétrospective est à venir

Comments (5)

  • jeannine Wojdala

    merci M. François, bien que né ailleurs vous êtes le plus représentatif des douzillacois, vous honorez notre commune; merci pour tout ce que vous apportez et continuez à arpenter les routes du village

  • Cathelin

    Comment ne pas etre en ‘accord  » sur la difficulté à s’intégrer à la vie du village à la même époque que Monsieur « François.On m’appelait l' »étranger » et comment ne pas voir ses regards suspicieux « Que fait-il, pourquoi il achète ici, d’où vient-il ? etc…Le temps a laissé la place à toutes ces interrogations, mais je suis resté pour toujours ‘un étranger ». qui a aimé ce village..

    • C.M.

      Bonjour, je partage pleinement ces ressentis et sentiments.Soyons juste! Pas le seul village du coin avec ce « protectionnisme ». Regrettable! Attristant!D’accord!.
      l' »étranger,du coin ».
      Bonne vie à vous. (ailleurs).

  • André-Pierre Chavatte

    J’entretiens avec M. François des relations amicales qui se sont renforcées au cours des années. Ce que l’on constate dès qu’on le côtoie, c’est une très grande humilité, une bienveillance à l’égard de tous et aussi une ouverture d’esprit peu commune.
    Très cultivé, on peut aborder avec lui tous les sujets, sa conversation nous apporte toujours quelque chose.
    Je suis entièrement d’accord avec Mme Wojdala lorsqu’elle écrit que M. François honore notre commune.

  • DEVELTER Nadia

    Mr Francois est une personne très gentille qui se soucie des habitants du village(de leur santé…) . Dès qu’ on le rencontre on n’ a qu’une envie , aller vers lui .Il a toujours un mot ou plutot des mots agréables et des attentions pour tous.Merci d’etre notre illustre Claude Francois .

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