Faune et Flore de Douzillac: la Bryone dioïque

A Douzillac, la Bryone dioïque s’installe de préférence sur les sols argileux, frais, et riches comme les haies bordant les jardins, les décombres, talus, vergers, bords des rivières, lisières des forêts… Bref, autant dire que vous serez susceptible de rencontrer cette plante vénéneuse en de nombreux endroits. L’objectif de cet article est de vous apporter des éléments pour la connaître et la reconnaître.

C’est en vous citant les différents noms vernaculaires de cette plante que je compte vous décrire aujourd’hui la Bryone dioïque (nom commun) ou Bryonia dioïca (nom latin). 

Les noms vernaculaires sont issus des traditions populaires. Dans la plupart des cas, si la plante fait partie du quotidien d’un peuple, alors un nom lui sera en toute logique attribué. C’est pourquoi en fonction des régions, de l’histoire et de son utilisation, plusieurs noms existent pour une même espèce. J’aime m’y attarder car ils apportent beaucoup d’éléments caractéristiques et descriptifs. De plus, ils illustrent également que les plantes font partie de notre patrimoine depuis des siècles.

File:Bryonia dioica 005.JPG

Trêve de bavardage, allons au cœur du sujet… Tout d’abord, le titre le plus connu de la Bryone dioïque est certainement  le « Navet du Diable ». Je peux vous assurer que cette appellation prend tout son sens quand on connait les propriétés de sa racine en forme de navet allongé. Si vous deviez ingérer 1 à 2 grammes de sa chair, alors vous seriez pris de violents vomissements. Au-delà de cette dose, les symptômes seront une diarrhée aiguë et des troubles cardiaques. Passé 30 grammes, elle peut être mortelle. Pourtant, elle était utilisée comme vomitif : vous auriez alors ingéré du sirop obtenu en faisant fondre du sucre dans la racine percée. Je suppose que son surnom de « Rave de Serpent » fait également référence au symbolisme du mal.

Bryonia dioica1LEMI.jpg

Continuons sur le thème des serpents avec « Colubrine » et « Couleuvrée », ces petits noms sont peut-être liés au fait que la Bryone est une plante rampante et grimpante. Chaque année, de son généreux tubercule se développent des tiges atteignant 3 à 6 mètres de long. D’ailleurs, certains l’utilisent pour garnir les tonnelles. Bien que les anglophones l’appellent « vigne blanche », je vous déconseille de dissimuler toute nudité avec sa feuille car sa sève peut provoquer des dermites de contact, autrement dit une inflammation cutanée aiguë.

Mais revenons à son utilisation près des maisons qui selon certaines croyances apporterait bonheur et protection d’où peut-être la « Mandragore grimpante ». Pourtant, méfiance et défiance sont de mise. En effet, la plante est entièrement toxique, c’est bien une « herbe du diable » ! Selon certains auteurs, la dose létale pour un adulte serait de 40 baies et de 15 baies pour un enfant. D’après le Centre Anti-Poison de Lille, les signes d’empoisonnement seront les suivants : lésions de la bouche et la gorge avec salivation excessive et soif, douleurs abdominales violentes, diarrhée, crampe, somnolence, délire.

Bien que son odeur soit particulièrement fétide, les jeunes enfants peuvent être attirés par ses baies aux couleurs vives présentent en automne.

Pour information :

Centre Antipoison et de Toxicovigilance de BORDEAUX

05 56 96 40 80

centre-antipoison@chu-bordeaux.fr

http://www.centres-antipoison.net/bordeaux/index.html

En espérant que cet article de sensibilisation, vous aura été utile.

A bientôt.

 

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bryone_dio%C3%AFque

https://www.toxiplante.fr/monographies/bryone.html

https://www.zoom-nature.fr/bryone-une-racine-hors-normes/

http://www.sauvagesdupoitou.com/82/345

http://cap.chru-lille.fr/CAPBD/BAIES/detail/ca3cap.htm

http://nature.jardin.free.fr/1104/bryonia_dioica.html

Faune et Flore de Douzillac: la grande ortie

Oh vous la connaissez, j’en suis certaine !!! La grande ortie que l’on évite à tout prix lors des promenades ou que l’on souhaite anéantir dans nos jardins. Pourtant, je vais tenter de plaider en sa faveur en  vous révélant que cette plante cache sous ses poils urticants de nombreuses faveurs. L’habit ne fait pas le moine…

Il suffit de se promener près des habitations, des décombres ou terrains vagues pour rencontrer sans trop de difficulté des colonies d’Urtica Dioica.

  • Urtica (du latin urere : bruler) puisque comme vous le savez, les poils recouvrant cette plante verte sombre mesurant maximum 1.5 mètre de haut sont urticants. Ce sont en fait de fins aiguillons de silice qui répandront par simple contact un mélange chimique que même les enfants en bas âge n’oublieront pas.
  • Dioica car les fleurs mâles et femelles sont sur des pieds différents (dioïques), c’est d’ailleurs en ce moment la pleine période pour l’observer.

Description de cette image, également commentée ci-après

Listons ses domaines d’action :

Plante fourragère

L’ortie en Suède est cultivée depuis longtemps par les agriculteurs en tant que fourrage. Une fois fanée, elle est distribuée en complément aux vaches laitières ; Tout comme les chevaux qui se pareront d’une robe plus vive et lustrée. De plus, elle rentre dans la composition de la pâtée des lapins, poules pondeuses, oisons, canards et dindonneaux. 

Plante utile au  jardin

Notons que c’est un engrais très riche en azote. C’est pourquoi, pour donner un coup de fouet à la plantation, elle est placée hachée grossièrement dans les trous avec un peu de compost. Pour gagner une bataille contre les chenilles, vous pouvez utiliser une macération à pulvériser. On peut également fabriquer avec peu de moyens du purin, excellent fertilisant en arrosage et insecticide répulsif de compétition contre les pucerons. Non dilué, ce purin peut se transformer en herbicide. Enfin, pour accélérer la fermentation du compost, vous pouvez incorporer tous les 20 cm des couches d’orties sans racines et sans fleurs.

Plante potagère

En tant qu’épinard, l’ortie fut consommée du Néolithique jusqu’au  XVIème siècle. Cependant, son emploi fut peu à peu mis de coté pour les légumes fraîchement arrivés des nouveaux mondes, certainement plus faciles à cultiver et à stocker. Pourtant, quelques restaurateurs, analyses nutritionnelles à l’appui remettent au gout du jour cette plante riche en protéines (40 % de son poids), silice, fer, calcium et vitamine C. Crue, cuite, salée ou sucrée, le panel de recettes est très varié. Pour la récolter, il suffit de collecter les jeunes plantes au début du printemps. Le reste de l’année, on préférera les jeunes feuilles sur les plantes non fleuries. Evidemment, après cuisson, séchage ou mixage, elle perd tout son piquant.

Je rajoute que les industriels se servent de ses feuilles pour la fabrication de la chlorophylle, bien connu dans certains chewing-gums.

Brennnesselspinat.jpg

photo prise par Kobako

Plante colorante

Auparavant, la racine était utilisée à la période de Pâques pour teindre la coquille des œufs en jaune.

Plante médicinale

Déjà le 1er siècle après JC, la médecine grecque la proposait en traitement. Aujourd’hui, elle soigne aussi étonnant soit-il les urticaires, mais également, l’arthrite et la fièvre. Du fait de sa teneur élevée en fer, elle permet de lutter contre l’anémie.

Plante oléagineuse

Les Égyptiens fabriquaient une huile alimentaire à partir de ses graines.

Plante textile

Couper au cœur de l’été,  les fibres des tiges séchées servaient à réaliser du tissu  proche du lin, des cordes, des filets et du papier. D’ailleurs, quelques bandelettes de momies d’Egypte se sont révélées être en fils d’ortie. Nous pouvons citer qu’au Danemark, un linceul en ortie a été retrouvé dans une tombe vieille de 2800 ans. La momie Ötzi retrouvée dans les Alpes portait un fourreau de couteau tissé en Ortie. 

Plus récemment, on notera que 85 % des vêtements de l’armée allemande  durant la Première Guerre Mondiale étaient fabriqués en fil d’ortie.

Astuce :

Si vous veniez à être agressé par l’ortie, deux plantes peuvent soulager votre douleur :  le plantain  et l’oseille. Il vous suffit d’appliquer sur la brûlure une feuille froissée, la sève opérera par magie en peu de temps.

Plantain, Grass, Vert

Un peu d’histoire…. Un peu de folklore… un peu d’imagination…

Il est dit que l’ortie représente la franchise car elle ne se cache pas sous de fausses apparences pour dissimuler ses défauts.

Il parait que les légionnaires romains pour se réchauffer se frictionner les jambes avec des poignées d’orties.

En Scandinavie, l’ortie était la plante donnée en offrande à Thor et des graines d’ortie étaient entreposées dans des tombes Viking.

Mot de la fin :

En lui réservant un carré bien choisi dans le jardin, vous pourrez certainement être séduit à votre tour par ses nombreuses vertus et par le cortège de papillons et autres auxiliaires qui l’accompagnent.

Cependant, si vous préférez la cueillette en nature pour expérimenter soupe, pain ou tarte, veillez à ne pas les cueillir aux bords de route ou tout endroit pollué.

Paon Du Jour, Papillon, Insectes, Coloré, Nature

Bibliographie

Baty-Vernier Yolande – Philippe  Barret : Herbes fraiches

Plantes sauvages comestibles au jardin :auburn René – Magnan didier

Saveurs d’orties : Annie-Jeanne et Bernard Bertrand

Larousse des plantes médicinales

Guide pratique du Potager synergétique – Projet jardin -Transition « Ferney Voltaire »

Les plantes médicinales et usuelles de nos champs, jardins et forets d’Hippolyte Rodin

http://urticamania.over-blog.com

E. Bodros et C. Baley« Study of the tensile properties of stinging nettle fibres (Urtica dioica) »Materials Lettersvol. 62, no 14,‎ 

L’Ortie et son utilisation par  Pierre POUZOLS, Professeur d’Agriculture. 1910