Découvrez chaque mois un peu plus de l’Histoire de Douzillac au travers de sa frise chronologique  :

Les nourrices mercenaires de Douzillac

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Douzillac semble avoir été de tous temps une terre de prédilection pour accueillir les enfants en nourrice. Les relevés de l’état-civil de 1823 à 1905 effectués par des bénévoles de la commune affluent dans ce sens. En un peu plus de 80 ans, plus de 150 actes concernant ces enfants sont répertoriés, (malheureusement souvent lors de leur décès), comme provenant des hospices civils de Bordeaux, Périgueux ou Mussidan, enfants naturels parfois mais le plus souvent abandonnés.

Les recensements de la commune prouvent que le nombre des enfants trouvés placés en nourrice par ces hospices était très important :

  •     En 1841 : 36 enfants trouvés soit 3,03% de la population
  •     En 1846 : 44 enfants trouvés soit 3,52% de la population
  •     En 1856 : 18 enfants trouvés soit 1,61% de la population
  •     En 1861 : 31 enfants trouvés soit 2,84% de la population
  •     En 1866 : 25 enfants trouvés soit 2,32% de la population
  •     En 1872 : 25 enfants trouvés soit 2,40% de la population

Certains, vers la moitié du 19ème siècle, étaient identifiés par deux prénoms et l’acte d’état-civil les concernant contenait un numéro de patente et un numéro de boucles d’oreilles. Ils étaient fréquemment placés dans les familles Douzillacoises par l’entremise d’une sorte de correspondante locale des hospices appelée la « meneuse ». (Entre 1840 et 1845, une de ces meneuses se nomme DUPONTEIL).

Le règlement d’administration publique complétant la loi du 23 décembre 1874 régira par la suite cette « profession » de « meneuse » et les bureaux de nourrices.

Les nourrices recevaient ces enfants contre salaire. Ce revenu supplémentaire venait souvent compléter les maigres ressources de ménages de cultivateurs. C’est pourquoi on a pu appeler ces femmes des « nourrices-mercenaires », terme déjà utilisé au 17ème siècle pendant lequel ce « nourrissage mercenaire » existait déjà.

Par la suite, vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, les enfants en nourrice sont le plus souvent placés par les parents dont l’activité professionnelle n’est pas compatible avec les soins à donner à un nourrisson, ou qui pensent que leur enfant sera en meilleure santé s’il est élevé à la campagne ou encore lorsque la mère ne peut allaiter elle-même. Les nourrices sont bien sûr mères de jeunes enfants tout juste sevrés, mais âgés de 7 mois révolus, et qui peuvent encore allaiter pendant quelques mois. (Il leur est interdit, sauf autorisation spéciale délivrée par un médecin, d’allaiter deux enfants à la fois).

La loi du 23 décembre 1874 (dite loi ROUSSEL), relative à la protection des enfants du premier âge, et complétée par un règlement d’administration publique indique les obligations et interdictions concernant les nourrices, les déclarations obligatoires, ainsi que le rôle du Maire de la commune. Cette loi sera ensuite complétée par un décret du 27 février 1877 et une circulaire ministérielle du 15 décembre 1895.

Des certificats sont exigés de la nourrice voulant recevoir un enfant :

Un certificat médical prouvant que la nourrice remplit les conditions pour élever un enfant, qu’elle est vaccinée et qu’elle n’a elle-même ni infirmité ni maladie contagieuse. Ce certificat note aussi la date de naissance de son dernier enfant.

Un certificat du Maire de la commune, reprenant le signalement de la nourrice, notant le consentement du mari à recevoir un enfant placé, et indiquant que l’impétrante est, selon la formule consacrée, « de bonne vie et mœurs » et que « sa maison est bien tenue ».

Un « carnet de nourrice, sevreuse ou gardeuse » est remis à la nourrice et doit être présenté à toute réquisition du médecin inspecteur , du Maire ou de l’inspecteur départemental.( Le refus de recevoir la visite de toute personne autorisée est puni d’une amende de 5 à 15 francs et un emprisonnement de 1 à 5 jours peut être prononcé si ce refus est accompagné d’injures ou de violences.) Ce carnet doit être rapporté à la mairie dès que l’enfant a été rendu à ses parents, qu’il a été retiré, qu’il est décédé ou âgé de deux ans.

Le carnet de nourrice contient des « recommandations spéciales » concernant les prescriptions à observer vis-à-vis du nourrisson. Il lui est expressément interdit :

  •     De le coucher dans son propre lit (la nourrice doit posséder un berceau)
  •     D’avoir, dans la pièce où est le berceau, des animaux domestiques, chiens, chats, porcs ( !), etc.
  •     De tenir la lumière trop près du berceau

Il est noté que « si les nourrices n’observent pas rigoureusement les prescriptions, et si leur nourrisson est victime de leur négligence, elles pourront être poursuivies pour homicide par imprudence, condamnées à un emprisonnement de 3 mois à 2 ans  et à une amende de 50 à 60 francs conformément à l’article 319 du Code Pénal.

L’article 28 du décret du 27 février 1877 prévoit que la nourrice doit être munie d’un « garde-feu »

La circulaire ministérielle du 14 décembre 1895 peut, de nos jours, prêter à sourire, mais nous éclaire sur des pratiques encore courantes à la fin du 19ème siècle concernant l’alimentation des nourrissons :

« Beaucoup de nourrices ont la mauvaise habitude de faire boire du vin à leur nourrisson sous prétexte de les fortifier ; c’est là une pratique très pernicieuse qui peut avoir et a souvent des résultats déplorables. La nourrice ne doit donner du vin à un enfant du premier âge que sur ordonnance formelle du médecin-inspecteur »

Les « Conseils élémentaires aux mères et aux nourrices » contenus dans le carnet de nourrice et édictés par l’Académie de Médecine indiquent, en ce qui concerne le sevrage : « …de même on interdira dans l’alimentation de l’enfant, tant qu’il ne sera pas sevré, les gâteaux, les sucreries de toute espèce, le vin pur et les liqueurs. »

Le Maire de la commune doit tenir des registres appelés « Premier registre des Maires » et « Deuxième registre des Maires ».

Pour découvrir la lecture d’une patente (registre des enfants orphelins), cliquez sur la période concernant les nourrices-mercenaires sur la frise chronologique du village.

André-Pierre Chavatte

 

La création de la commune de Douzillac et de son état civil

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La commune de Douzillac a été créée, comme toutes les autres en France, par le décret de l’Assemblée constituante du 14 décembre 1789, date où le terme de « commune » succède à celui de « paroisse » et les premiers documents sur lesquels elle va s’appuyer pour gérer sa population à savoir les registres paroissiaux, prendront trois ans plus tard, le nom d’état civil.

I)                    La création de la commune de Douzillac : des fondations révolutionnaires

Ces entités territoriales que sont les communes sont dans un premier temps rattachées aux districts puis aux municipalités de Canton. Douzillac dépend alors du district de Mussidan et de la municipalité de canton de Neuvic qui apparaîtra lors de la mise en place de la constitution de l’an III de la République (1795). Elle est étroitement surveillée et contrôlée par ces deux autorités administratives et se doit de leur rendre compte précisément et régulièrement de ses faits et gestes.

Le premier maire connu de Douzillac apparaît dans les documents d’archives en 1792 et a pour nom Jean Baronnie (ou Barounie), il est cultivateur et habite aux Eygaux. Il est âgé de 45 ans à cette époque.

Pour constituer l’exécutif local, le maire est aidé d’un collège municipal constitué de conseillers municipaux ; les décisions prises par le conseil municipal sont consignées sur un registre appelé « registre des délibérations ». Le plus ancien document de ce type à Douzillac date de 1809 et se trouve conservé aux Archives départementales de la Dordogne[1]. C’est un document essentiel pour bien appréhender l’histoire locale.

La commune de Douzillac connaîtra son autonomie en 1795, année où seront supprimés les districts et en particulier celui de Mussidan dont elle dépendait. On peut alors admettre sa création officielle en tant qu’entité administrative à part entière à partir de cette année-là. La municipalité de canton de Neuvic disparaîtra comme toutes les autres le 28 pluviôse an VIII  (17 février 1800) ; mais la commune de Douzillac et toutes celles de son canton, resteront sous le contrôle de la sous-préfecture de Ribérac avant que celle-ci ne disparaisse en septembre 1926, et sera ensuite rattachée à la préfecture de la Dordogne.

II)                  L’état civil : un passage chaotique de l’Ancien Régime à une ère nouvelle

Les registres d’état civil, véritables documents de recensement des populations locales n’existent pas encore en tant que tels en 1789 : ce sont encore des registres paroissiaux dont les actes de baptême, mariage et sépulture sont  tenus par les curés des paroisses[2].

A Douzillac, le prêtre Barthélémy Bardy de Fourtou a été remplacé vraisemblablement dès 1791 (l’état civil de Douzillac est manquant pour cette année-là) par un curé ayant prêté serment à la constitution civique du clergé de novembre 1790 : Jean-Philippe Grandjean, originaire de Moselle. Ce dernier, fort zélé, précise également dans les actes les années de l’ère de la Liberté[3]. Puis après la proclamation de la loi sur la laïcisation de l’état civil en septembre 1792, les registres paroissiaux laissent la place aux registres d’état civil : désormais les actes sont signés par l’officier public et à Douzillac il se nomme Landrodie. Nous relèverons au passage que le décret de 1792 instaure le divorce et qu’à Douzillac, il en existe un à la date du 5 mai 1793.

Si auparavant les curés tenaient les registres paroissiaux de manière peu conventionnelle (absence de filiation, d’âge, typologies des actes mélangées, oublis,  anecdotes étrangères aux actes, etc ), les premiers registres d’état civil sont plus formalistes : ils sont séparés par type d’acte à savoir les naissances, mariages et décès. A partir de 1793, ils  sont imprimés partiellement : les noms, prénoms, âges, professions et lieux restent complétés de manière manuscrite par l’officier public. Toutefois, nous noterons que ces imprimés n’ont pas laissé de place pour noter la profession des femmes …

Pour les naissances, les pères viennent présenter l’enfant à la maison commune, assistés de témoins qui sont souvent des proches ou des voisins. A partir de novembre 1792, l’officier précise les professions ainsi que les filiations pour les personnes décédées. Les inhumations se font alors  en présence de l’officier public, comme c’était le cas avec les curés pour les sépultures.

Dès le mois de juin 1793, un nouveau calendrier fait son apparition avec ses années républicaines et tente d’imposer des découpages mensuels aux noms rappelant les saisons s’écoulant de vendémiaire (septembre-octobre) à thermidor (juillet-août). L’officier d’état civil de Douzillac y perdra son latin en surchargeant ou raturant les dates, vu la la difficulté de l’exercice ! A partir du mois de thermidor an II (juillet 1794) la forme républicaine sera adoptée intégralement[4]. Par ailleurs, aucun prénom républicain, de fleur, de fruit, d’animal ou d’outil agraire ne sera donné aux enfants qui verront le jour sur la terre douzillacoise en cette période, comme fut le cas dans certaines communes.

A cette époque lors des déclarations de naissance, il semble que les témoins attribuent leur prénom à l’enfant, comme le faisaient auparavant le parrain et la marraine lors du baptême. Enfin, il est à noter un fait nouveau : ce sont parfois les femmes qui servent de témoins lors des naissances et, dans un premier temps, les sages-femmes.

Malgré les illustrations champêtres de Fabre-d’Eglantine, ce calendrier ne rencontre pas de vif succès auprès des populations rurales car cette nouvelle manière de découper le temps a le gros défaut de rallonger la durée du temps de travail : la semaine (sept jours) disparait au profit de la décade (dix jours) fort impopulaire.

Enfin, par la loi du 13 fructidor an VI, les mariages sont célébrés au chef-lieu de canton durant l’an VII et l’an VIII (1798-1799). Les actes de mariages douzillacois pour cette période se trouvent donc inscrits dans les registres d’état civil de Neuvic …

Le calendrier républicain sera peu à peu délaissé et disparaîtra à Douzillac en l’an XIV de la République (1806) ; le calendrier grégorien reprendra alors sa place dans le quotidien des Français.

* * * * * * *

            Comme toutes les autres communes, Douzillac est née des textes révolutionnaires et s’est structurée peu à peu pour prendre la forme que nous connaissons aujourd’hui, gérant des documents sur lesquels reposent les fondations administratives locales : les délibérations du collège municipal et les registres d’état civil. Il restait à venir un autre document important qui allait lui permettre de gérer son territoire : le cadastre. Ce dernier, mis en place par Napoléon 1er, serait plus tardif, mais c’est une autre histoire …

Sylvie Sudrie-Vidal



[1] Archives départementales de la Dordogne : E dépôt 569.

[2] Les registres de baptême et de sépulture ont été instaurés en France par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 ; l’ordonnance de Blois en 1579 instaures la tenue des actes de mariage. Il faut attendre l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye de 1667 appelée également « Code Louis » pour qu’un double de ces registres soit conservé au greffe de la sénéchaussée.  Pour voir les derniers registres paroissiaux de Douzillac aux Archives départementales (avant 1792) : http://archives-num.cg24.fr/pleade330/ead.html?id=Etat-civil-canton-Neuvic&c=Etat-civil-canton-Neuvic_e0005379&qid=sdx_q3

[3] L’ère de la Liberté commençait le jour d’après la prise de la Bastille, soit le 15 juillet 1789.

[4] Pour voir les premiers actes d’état civil de Douzillac aux Archives départementales : http://archives-num.cg24.fr/pleade330/ead.html?id=Etat-civil-canton-Neuvic&c=Etat-civil-canton-Neuvic_e0005379&qid=sdx_q3

Le Capitaine Maine – Un héros de guerre enterré à Douzillac

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Le 30 avril 1863, une compagnie du Régiment Étranger composée de 65 hommes dont 3 officiers a pour mission de rejoindre une colonne transportant des armes et la paye des soldats français. Pris à partie par les troupes mexicaines commandées par le Colonel Milan, les Légionnaires se réfugient dans une vieille hacienda à Camaron. Ils vont lutter contre une troupe composée d’environ 2000 mexicains.

Parmi ces Légionnaires, Philippe Louis Maine, né le 4 septembre 1830 et originaire de Mussidan, caporal qui sera l’un des seuls survivants de cette bataille. Ce Périgordin a déjà quelques années de service: Algérie, guerre de Crimée (où il est blessé 2 fois et où il sera décoré de la Légion d’Honneur pour sa bravoure lors de la prise du « Mamelon Vert » devant Sébastopol) puis Afrique, il a rendu son grade de sergent pour s’engager au Régiment Étranger en partance pour le Mexique.

Après Camerone, Maine sera nommé officier puis servira au 3ème Régiment d’Infanterie de Marine. Il participera à la guerre contre la Prusse en 1870/1871, sera fait prisonnier et s’évadera déguisé en marchand de lait. Nommé lieutenant-colonel à titre temporaire, il commande le 8ème Régiment des Gardes Mobiles de la Charente Inférieure. Après la guerre, il est réaffecté au 3ème RIMA au grade de Capitaine.

Il rejoint l’Afrique où il reçoit sa nomination au grade d’Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Malade, il sera ensuite réformé et se retirera à Douzillac,aux Chauveaux. Il y décède en 1893, à l’âge de 63 ans.

Depuis 1931, Camerone constitue la fête annuelle majeure de la Légion Etrangère. Depuis 1965, le 1er dimanche suivant le 30 avril, les Légionnaires de la Dordogne organisent une cérémonie avec messe dans l’église St Vincent et dépôt de gerbe sur la tombe de ce héros si longtemps méconnu.

Pour plus d’informations, consulter le livre d’André-Pierre Chavatte, « Capitaine Philippe Louis Maine, Caporal à Camerone » (Edilivre, éditions Aparis, 2009).

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Centième anniversaire du début de la 1ère Guerre Mondiale

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Par décision du Président de la République, le Ministre des Anciens Combattants, M. Kader Arif a fixé le 19 juin 2013 la feuille de route concernant le 100ème anniversaire du début du  premier conflit mondial.

Même si tout un chacun (et je suis un de ceux-là) ne comprend pas le pourquoi d’une commémoration du début d’un conflit (il est à mon humble avis plus logique d’en commémorer la fin!), le gouvernement annonce la célébration d’un « évènement majeur » et souhaite « en faire un moment de fierté nationale et une occasion de rassembler tous les Français autour d’une mémoire apaisée ».

Le Ministre pointe également le potentiel économique d’un tel évènement à une époque où le « tourisme mémoriel » explose.

La première cérémonie aura lieu le 14 juillet 2014. Ce jour-là, des porte-drapeaux et des groupes de jeunes issus des nations ayant participé à la Grande Guerre, défileront sur les Champs-Elysées.

Le deuxième temps fort du cycle mémoriel aura lieu deux semaines plus tard, le 31 juillet lors du centième anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, puis le 3 août, date anniversaire de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Ce jour-là, la France entend proposer aux anciens pays belligérants que soient partout observées une ou deux minutes de silence. L’initiative aurait pour mérite de rappeler la gravité de l’entrée en guerre  sans l’enfermer dans sa seule dimension franco-allemande.

Lors de cette guerre on dénombre environ 40 millions de victimes civiles et militaires (19 millions de morts et 21 millions de blessés).

Pour la France qui comptait en 1914 une population de 39,6 millions d’habitants, les pertes militaires s’évaluent à 1397800 morts, les pertes civiles à 300000 morts, les blessés militaires à 4266000.

27% des jeunes hommes de 18 à 27 ans sont tombés au champ d’honneur.

Douzillac ne fait pas exception à la règle et a payé un lourd tribut à cette guerre: 49 morts sur les 192 jeunes hommes qui y ont participé.

Episode 1 – Cliquez ici

Douzillac, de 1900 à 2000

Si Douzillac existe officiellement depuis plus de mille ans, les traces de son histoire se font rares et le renouvellement de la population entraîne une certaine perte de mémoire. C’était sans compter l’invention de la photographie puis de la numérisation qui nous permet aujourd’hui de découvrir un autre visage aux paysages de notre quotidien. La preuve en images!

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