Elle zigzague, nous reculons. Elle glisse, nous frissonnons. Quand elle ondule, d’effrayantes ondes de terreur s’immiscent en nous pour jaillir en un cri de dégoût. Ah!!!! Si elle ressentait nos peurs, ne serait-elle pas étonnée ? Et pourtant, y-a-t-il réellement des arguments pour s’en méfier? L’ignorance engendre la peur et la peur, le mépris. Quel dommage, car il n’y a pas tant de raisons pour mériter une si mauvaise réputation.

3000 espèces de serpents sont recensées dans le monde. 12 existent en France et seulement 7 habitent en Dordogne dont 1 seule vipère. Je vous propose de faire le point dans cet article sur les couleuvres et de vous présenter dans un article à venir la vipère aspic (Vipera aspis L.).

Pour commencer, les couleuvres en France ne sont pas venimeuses

Les critères souvent utilisés pour différencier les couleuvres, des vipères ne sont pas fiables. En effet, toutes les couleuvres ne possèdent pas une tête ovale et toutes les vipères n’ont pas une tête tête en V.  Le dessin dorsal en forme de zigzags, souvent attribué aux vipères est présente chez la couleuvre vipérine qui est pourtant totalement inoffensive alors qu’à l’inverse, ces zigzags peuvent disparaître chez certaines vipères.

Les seuls critères pour différencier une couleuvre d’une vipère sont les suivants. C’est parti pour un retour en enfance:

Cliquer sur l’image pour avoir plus de détails

Maintenant que l’on a les bons critères de différenciation, je vous présente la petite famille périgourdine:

la couleuvre à collier (Natrix natrix L.) est un serpent massif de couleur grisâtre à brunâtre avec la plupart du temps un collier blanchâtre et noir à la base de la tête. Elle atteint en général 110 cm, mais certaines dépassent les 150 cm. Elle s’accommode de tous les milieux, mais préfère les zones humides où grenouilles et crapauds pullulent. Elle nage très bien mais plonge rarement. Près des maisons, on l’observe souvent sous les abris, les bâches, les planches et tôles.

Couleuvreau à collier sur possible feuille de fraisier

 

Couleuvre à collier de PeterZe

La couleuvre vipérine (Natrix maura L.) est l’espèce la plus aquatique. Elle se trouve dans ou près de l’eau. C’est une petite couleuvre d’un mètre maximum. Le zigzag sur son dos donne à ce serpent une ressemblance avec la vipère aspic, mais comme vous l’avez compris, il ne faut s’arrêter à ce détail. Elle se délecte d’amphibiens et de poissons qu’elle chasse sous les pierres ou dans les herbiers. Bien que dénommée vipère d’eau, elle est inoffensive et ne mord jamais.

Couleuvre vipérine par David Perez (DPC), probablement une femelle

Couleuvre vipérine par David Perez (DPC), probablement un mâle

La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus L.) est une grande couleuvre (170 cm maxi) adepte des broussailles et pelouses sèches bien ensoleillées. On la trouve donc un peu partout et plus rarement dans les zones humides. A la manière des touristes sur les plages estivales, on peut l’observer assez facilement sur ses lieux d’insolation en bordure de milieux buissonnants. Une fois les batteries rechargées, elle chasse principalement des lézards et plus ou moins des micro-mammifères (souris, campagnols, aussi bien au sol que dans les  branches). Parfois appelé cinglard, elle est reconnaissable par sa couleur noire et jaune à la tendance pointillisme, à croire qu’elle a influencé Georges Seurat.

Comme elle est vive et rapide, elle s’échappe facilement à la moindre vibration, par conséquent elle attaque peu l’homme. Cependant, si elle se trouve acculée et ne trouve pas d’échappatoire, elle se redressera, sifflera et se gonflera avant de tenter de mordre. Ayant de petites dents, sa morsure ne fera pas de gros dégâts (excepté psychologiquement bien-sur).

Couleuvre verte et jaune – Hierophis viridiflavus. par peupleloup

Couleuvre verte et jaune par Bernard DUPONT

La couleuvre d’esculape (Zamenis longissimus L.) est la plus grande des couleuvres de Dordogne. Cette grimpeuse hors-pair mesure jusqu’à 160 cm (rarement 200 cm). Sa couleur beige-jaunâtre à olivâtre s’adaptent d’ailleurs très bien à son terrain de chasse et habitat de prédilection: Les milieux forestiers. Au sol, elle délogera les petits mammifères à sang chaud ou débusquera les petits oiseaux dans les arbres directement dans leurs nids, avec ou sans les coquilles. Elle les attrapera à la manière d’un boa, c’est à dire qu’elle les asphyxiera avant de les avaler tout rond. C’est une couleuvre que l’on peut observer facilement car quand elle se sent en danger, elle joue la carte du mimétisme et ne bouge plus. Malheureusement, contre les voitures, cela ne fonctionne pas.

File:Zamenis longissimus.jpg

File:Couleuvre Esculape59.JPG

La coronelle lisse ( Coronella austriaca L.) est une toute petite couleuvre comparée à ses cousines: à peine 80 cm. Elle est brune, grisâtre ou rousse avec sur le dos un motif de damier brun foncé ou noir. Elle est facilement reconnaissable grâce à ce bandeau noir à la manière de Zorro qui se dessine jusqu’au museau Elle est très discrète  et préfère la compagnie des pierres, d’où certainement sa présence dans les carrières, les pierriers ou les falaises. Elle se rencontre également dans les landes et les tourbières. Son menu gastronomique: assiette garnie de lézards, jeunes vipères et orvets qu’elle capture par surprise. En effet, ses mouvements sont si lents et fluides qu’il est très difficile de l’apercevoir. 

Coronelle lisse de S.A. Antipov

Coronelle lisse

Enfin, la petite dernière: la coronelle girondine ( Coronella girondica D.) ou couleuvre bordelaise qui ressemble beaucoup à la coronelle lisse. La différence principale: le bandeau noir de super-héros relie les deux yeux sur le dessus de la tête. Elle mesure entre 45 et 80 cm. Par contre, les variations de couleurs sont plus marquées:  elle peut être brunâtre plus ou moins foncée, grise souris, jaunâtre clair, ocre, rougeâtre ou rosâtre. Comme les deux coronelles ont le même régime alimentaire et à peu près le même milieu, il est assez rare de les rencontrer ensemble. La concurrence n’a pas été inventé par l’homme. Il est dit que certaines coronelles vivent toute leur vie sous les toits où elles trouvent alors tout ce dont elles ont besoin: lézards, chaleur, eau et abris.

En cas de danger, sa première réaction est la fuite. Autrement, elle s’aplatit et tente d’élargir la tête pour ressembler à une vipère. C’est une petite maline!!!!

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Coronelle girondine de Bernard Dupont

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Coronelle girondine de Bernard Dupont

Comme disait G. Brassens, « Tout le monde médit de moi. Sauf les muets, ça va de soi ». En effet, il y a beaucoup de superstitions et rumeurs autour des serpents qui sont fondées sur de fausses idées. Je profiterai de l’article suivant sur la vipère aspic pour les relever et démontrer qu’il n’est pas nécessaire de sortir une bêche ou une fourche dès qu’un animal sans patte croise notre chemin. D’ailleurs, n’oublions pas que tous les serpents de France métropolitaine sont protégés par la loi. De ce fait, leur destruction, mutilation ou déplacement sont interdits. Vous risquez jusqu’à 150000 € d’amende et deux ans d’emprisonnement (article L415-3 du Code de l’Environnement).

Pour terminer quelques chiffres français: les cas de décès par morsure de vipère sont rares. On recense 1 à 5 décès par an contre 15 à 20 personnes par piqûres de guêpes, abeilles, frelons et 600 par noyade ou 200 par électrocution. Bien que ce soit plus facile à dire qu’à faire, DON’T PANIC et prenez le temps de regarder les serpents dans les yeux: si c’est une pupille ronde comme le chien, c’est une couleuvre inoffensive. Si c’est une pupille fendue comme le chat, il s’agit d’une vipère aspic qui préférera vous éviter que de gâcher son précieux venin. 

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