Qu’elle fasse peur ou qu’elle fascine, la vipère aspic ne laisse pas indifférente !!! Comment reconnaître l’unique serpent venimeux de Dordogne et comment réagir ? Quels sont les réels dangers et quelles sont les histoires à coucher dehors ?

Photo de Harold van der Ploeg

Vipère story: Vie et mœurs

La Vipère aspic Vipera aspis L. est un des serpents qui a le plus de variations de couleurs en Europe. Elle peut être brune, orangée, noire, jaune, beige, verte olive, grise… Bref, une palette de couleurs aussi riche que la nature, ce qui lui permet par conséquent de se camoufler facilement. Elle est plutôt mate, à la différence des couleuvres aux écailles brillantes. Elle affectionne particulièrement les lisières entre les milieux ouverts et boisés secs. Cependant, cela ne l’empêche pas de partir en chasse en milieu humide, contrairement à ce que certains pensent. Peu importe le lieu du restaurant, tant qu’on y trouve toutes sortes de rongeurs comme les mulots, campagnols, musaraignes, souris et un menu enfant avec des lézards. Comme vous pouvez le constater, c’est le régime alimentaire d’un dératiseur hors pair. La vipère participe donc à l’équilibre de l’écosystème et a autant sa place que les crapauds ou les oiseaux (qui par ailleurs font partie de son régime alimentaire).

Photo de Felix Reimann

La vipère chasse à l’affût et à l’approche. Elle n’a plus qu’à passer son permis de chasse pour maîtriser la battue. Elle ferait un malheur… Sa technique est simple et redoutable, si une proie passe devant elle, elle mord et relâche immédiatement sa proie. Le venin injecté par 2 crochets mobiles paralyse la proie. Quelques minutes plus tard, elle part à sa recherche grâce à son odorat. Une fois ingurgitée, il est nécessaire de se lover au soleil pendant une semaine pour une digestion triomphante.

Cette vie de chasse/digestion dure de février à novembre pour les mâles et de mars à octobre pour les femelles. Pendant l’hiver, les vipères se réfugient dans des trous de rongeurs, sous ou dans des pierres, souches ou bois morts. Elles sont parfois réunies, entrelacées pour dormir d’un sommeil léthargique pendant la saison la plus froide.

Cela laisse le temps de rêver à sa/son bien-aimé/e. Car fin février, les mâles sont les premiers à sortir de la torpeur du sommeil. Ils cherchent des places ensoleillées pour assurer rapidement leurs thermorégulations (le sol doit atteindre les 25°C alors que la température extérieure peut être plus basse). Sur un bon spot, on peut trouver un méli-mélo de mâles se dorant la pilule. Quand les femelles sortent de leur sommeil quelques semaines plus tard, les mâles commencent à se déplacer et à parcourir de grandes distances pour trouver les dulcinées jusque fin avril. C’est une véritable chasse à l’amour, car la reproduction n’a pas forcément lieu tous les ans. Quand le couple s’est formé, les préliminaires pouvant durer plusieurs jours commencent et chez les vipères, ce n’est pas une mince affaire… Des danses saccadées, accompagnées des coups de langue ponctuées de poursuites. La femelle peut avoir plusieurs prétendants et choisir plusieurs partenaires.

Photo de Bernard DUPONT

Quatre mois sont nécessaires pour que les œufs éclosent dans le ventre de leur mère. Entre août et septembre, la femelle donne le jour aux vipéreaux (de 4 à 12 petits serpents d’une quinzaine de cm). Ils sont livrés à eux-mêmes mais sont parfaitement constitués et leurs venins pourraient tuer un souriceau. Cependant, ils ne s’alimenteront pas avant le printemps suivant. Ils effectueront une mue dans les 24 heures suivant la naissance : une belle peau pour une vie qui ne sera pas si facile. En effet, les vipères ne sont pas en haut de l’échelle alimentaire et elles seront prédatées à leurs tours par des hérissons, rapaces, renards, sangliers et j’en passe… Cependant, le prédateur que vous connaissez le mieux, c’est l’homme. Bien qu’elle soit protégée par les textes de lois français et européens, les humains par précaution et/ou par peur la tue. Mais il existe une menace insidieuse qui plane sur sa tête comme une épée de Damoclès, l’agriculture intensive qui détruit son habitat en supprimant les zones de rocailles herbagées et l’empoisonne par les pesticides. En France, elle n’est pas considérée comme en danger mais d’autres pays comme la Suisse l’ont inscrite sur liste rouge car, en voie d’extinction.

Morsure comment réagir ?

Accepter, Oui, Coche, Symbole, Inscrivez Vous, Positif
A faire
  • Rester calme et appeler le 15 ou 112.
  • Enlever les objets proches de la blessure (montre, bague, bracelet) pour éviter des soucis de vascularisation des membres, s’il y a apparition d’un œdème.
  • Désinfecter localement et immobiliser le membre pour éviter que le venin ne se dissémine dans le corps.
  • Organiser un transfert vers un hôpital.
Cocher La Case, Croix, Choix, Oui, Consentement
Ne pas faire
  • Sucer, cautériser, inciser la morsure ou poser un garrot aggrave la situation.
  • L’utilisation d’un Aspivenin® (petite pompe d’aspiration) n’est d’aucune utilité pour les morsures de serpents.
  • Ne pas prendre d’Aspirine.

Photo de Bernard Dupont

Conséquences possibles d’une morsure ?

Pour commencer, les morsures de vipère sont très rarement mortelles, il ne faut donc pas paniquer. Les premiers symptômes apparaissent environ 30 mn après la morsure.

20% des morsures de vipère sont des morsures blanches ou sèches, c’est à dire qu’il n’y a pas eu de venin injecté. S’il y a eu injection de venin, il y aura certainement un œdème et un gonflement local (environ 50% des cas). Si la dose de venin injecté est plus conséquente, c’est le membre qui peut gonfler avec des symptômes complémentaires de type nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée, baisse de tension (25% des cas). Enfin, dans le grade sévère, un choc anaphylactique est constaté avec une baisse importante de la tension et potentiellement un syndrome hémorragique (5% des cas). Les cas mortels restent très anecdotiques.

Selon Ameli, en 2016, il y a eu 225 morsures de vipère en France. 

Comment se protéger ?

Voici une série de conseils pour éviter les morsures, qui relèvent du bon sens :

  • dans la nature, ne marchez jamais pieds nus, mais portez des chaussures fermées et montantes (ou des bottes) ainsi que des pantalons ;
  • ne partez pas seul en promenade et munissez-vous d’un téléphone mobile pour prévenir, si nécessaire, les secours ;
  • surveillez où vous posez les pieds et les mains : herbes hautes, cailloux et rochers, tas de feuilles, tas de bois, buissons…, surtout s’ils sont exposés au soleil (les serpents aiment la chaleur) ;
  • ne pénétrez pas dans les broussailles. Lors des récoltes des champignons, baies et fruits, frappez et agitez les broussailles avec un bâton pour faire fuir les serpents éventuels ;
  • ne posez pas vos mains sur des murs, sous les pierres, dans les crevasses, sous les piles de bois avant d’avoir vérifié l’absence de serpents ;
  • la nuit, ne ramassez pas de bois, ne soulevez pas de pierre, la visibilité est mauvaise ;
  • ne touchez pas un serpent qui vous semble mort, le plus souvent il somnole ;
  • si vous croisez un serpent, retirez-vous sans l’effrayer. Dans tous les cas, n’essayez jamais de l’attraper ou de le tuer ;
  • vérifiez l’absence de serpents avant de vous installer pour une pause et ne dormez pas à-même le sol dans les régions riches en serpents ;
  • ne laissez pas les enfants jouer dans des endroits difficiles à surveiller et expliquez-leur qu’en présence d’un serpent, il ne faut pas chercher à l’exciter.

photo de Bernard Dupont

Top fakes

Si les serpents pouvaient porter plainte pour diffamation, ils seraient certainement riches. Je vous propose une liste de légendes et rumeurs qui sont toutes infondées.

  • Les lâchers de vipères par hélicoptère. Je trouve assez drôle que l’on puisse penser que les écologistes et/ou scientifiques aient assez de moyens financiers pour payer un vol d’hélicoptère afin de faire des lâchers de vipères, en toute discrétion (bien sûr…). Ouah, imaginez le choc à l’atterrissage de la boite!
  • Les vipères aiment nager dans les piscines. Si vous avez vu un serpent dans votre piscine, il s’agit certainement d’une couleuvre et non d’une vipère. Au vue de leurs morphologies, les vipères peuvent nager mais seulement sur des cours d’eau peu profonds.
  • Les serpents tètent les vaches. Le lait n’est pas au menu des serpents. Ils sont tous carnivores. En effet, des serpents sont vus près des étables. Et pourquoi d’après vous ? Parce que le fumier est chaud et parce que les rongeurs y prolifèrent. Pourquoi boire du lait ? Je suppose que cette croyance populaire a été justifiée par la mort accidentelle d’un serpent ou simplement suite à un piétinement. Le serpent peut laisser échapper de l’urine qui est, par le plus grand des hasards blanche.
  • Les serpents sont froids et visqueux. Comme les serpents ont le sang froid, c’est à dire qu’ils ne peuvent pas réguler sa température. Si le sol est froid, il sera froid, mais s’il fait chaud, il sera chaud. Par contre visqueux, pas du tout! Ils n’ont pas de mucus, ce ne sont pas des amphibiens.
  • Les serpents sont dangereux. Sur toutes les espèces de serpents de France, seules les vipères sont potentiellement dangereuses.
  • Les vipères hypnotisent leurs proies. Certains ont dû voir une proie agoniser devant le serpent sans assister à la morsure. Et abracadabra… une légende est née!
Photo de Patrick JEAN muséum d’histoire naturelle de Nantes

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