Samedi 18 juin à 17h, le responsable du musée André Voulgre et potier Ludovic Chasseigne présentait les premières conclusions d’une fouille archéologique d’un vieux four de potier retrouvé à Douzillac, au lieu-dit Moulin de Beauronne. Une découverte qui offre un nouvel éclaircissement sur l’histoire de l’ancienne capitale périgourdine de la poterie populaire. M. Chasseigne nous livre son analyse.

 

La découverte

013a_IMG_4588La découverte fortuite de la structure a eu lieu après le rachat de la maison par un couple. La parcelle est en partie occupée par une construction en bois bordant la voie publique dont le plancher, une fois enlevé, a laissé apparaître les restes de la voûte effondrée de l’alandier du four surnommé « DOU 19 ».

Potiers eux-mêmes, les découvreurs se sont mis en contact avec le Service Archéologique de la DRAC Aquitaine qui m’a demandé d’effectuer un sondage pour évaluer l’état de conservation du four DOU 19 avec des Amis du musée, des sympathisants locaux du musée et le propriétaire en mars, mai et octobre 2014 et en mai 2015.

Ce four avait été repéré par Claire Hanusse au cours de ses recherches au début des années 1990 alors qu’elle répertoriait tous les fours mentionnés sur le cadastre napoléonien sur les communes de Beauronne et Douzillac. Deux autres fours sont signalés dans ce hameau du moulin de Beauronne, deux autres dans le hameau de Tropy à 300 mètres au nord et deux autres encore aux Thoumelies à 300 mètres au sud. Nous nous trouvons là au cœur du centre potier de la vallée de la Beauronne. Mais apparemment aucune vérification sur le terrain n’avait été entreprise.

Un four enterré devenu dépotoir

Un plan du four

Un plan du four

La fouille du dépotoir de l’alandier a permis de constater la complète préservation des parties enterrées du four. Il s’agit d’un four en briques rectangulaire en partie enterré avec un foyer soutenu par des arcs.

Lors des travaux d’évaluation du four DOU 19, c’est environ 331 kilos de matériel qui ont été recueillis, pour la simple et bonne raison que ce four a servi à la fin de sa vie de dépotoir. Parmi le matériel recueilli, nous avons trouvé une partie du matériel servant à l’enfournement des poteries : bobines et boudins d’argile, pilettes d’enfournement, tuiles ayant servie de plaques d’enfournements. Outre ces outils, les chercheurs ont également trouvé un landeau, un vélo, des chaussures ou encore des bouteilles de bières des années 70…

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Quelques conclusions…

Le four est comparable ceux repérés chez le potier Jean Chevalier Lavaur à Faye (Beauronne) ou le four DOU 24 à Petit Boissonnie ou à celui de Puy de Pont (Neuvic sur l’Isle). Toutefois, ce four présente deux particularités : un système de «pompe» décrit par Abel Coustillas, et un réducteur de tirage, qui n’a pas encore était observé dans la vallée de l’Isle semble t-il.

Le four DOU 19 existait en 1830 selon le cadastre. Et effectivement, les couches de remblais de destruction de four ayant servies à niveler le fond de la fosse d’alimentation ne livre que du matériel antérieur à 1857 si on se fît aux détails techniques. Il semblerait ainsi que l’on soit déjà sur la dernière évolution des fours à bois de ce centre potier, du XIXe s. DOU 19 figure en effet sur le cadastre de 1809-1830. Le four de Jean Chevalier Lavaur, le dernier potier ayant vécu de sa poterie à Beauronne, qui est du même type, a été en fonctionnement jusqu’au début des années 1940.

Quant à sa destruction, elle peut être située entre les années 1920-1930. C’est à ce moment là que l’atelier du potier est vidé est en partie jeté dans le dépotoir peut-être lors du réalignement de la façade de la maison d’habitation. L’alandier finit d’être comblé dans les années 1970 et est recouvert d’un plancher dont les copeaux se retrouvent dans les dernières couches du dépotoir.

…Et des interrogations

Un autre four ? En creusant un sondage, les chercheurs ont découvert les probables restes d’un autre four à 50 centimètres du sol. Les vestiges d’un four voisin?

Et le tessonnier ? Si le four a servi de poubelle à sa destruction, il faut encore trouver le lieu où étaient jetés les déchets du four lors de son utilisation, que l’on nomme tessonnier. Où se trouve le tessonnier qui normalement se situe à proximité du four lui-même ?

Les datations du four et de son utilisation sont assez imprécises et sujettes à caution et difficiles à préciser sans une chronotypologie assurée. L’analyse des cadastres de 1838, des relevés de Claire Hanusse et du cadastre actuel correspondent à l’emplacement du four relevé sur le terrain. Mais ce qui est étrange c’est que le parcellaire actuel correspond plus à la position du four disparu depuis un siècle que le parcellaire lorsque le four était en fonctionnement.

090_DOU19_LézardMerci à Ludovic Chasseigne pour le partage du texte et des photos! Pour plus de renseignements sur le sujet, vous pouvez encore découvrir quelques pièces de la recherche exposées au musée André Voulgre.

En bonus, le cliché du cousin d’un animal bien connu des douzillacois découvert également lors de la fouille… Un triton marbré !

 

Comments (1)

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked (*).